Eros ou la clef retrouvée du bonheur perdu

Mais, où est cet Amour et quel est-Il, enfin,
Est-ce Celui des hommes, ou Celui du Divin ?
Il est dans le vieillard et dans l'enfant qui naît,
Si l'un va à la mort, l'autre s'y rend aussi
Simplement en faisant un détour par la vie ;
Il est partout présent ; chacun Le reconnaît,
Devrait Le reconnaître, faudrait-il, plutôt, dire
Car, souvent, déguisé, il faut Le découvrir.
Il est là, indulgent, dans la main secourable,
Dans le regard mouillé de la mère à l'enfant,
Peut-être un peu honteux mais jamais méprisable,
Il est dans le baiser, l'étreinte de l'amant.
Parfois de vieux haillons, Il aime à se parer
Comme pour obliger les uns à Le chercher
Là où d'autres, avant, avaient dû L'enfouir,
Espérant, pour eux seuls, à jamais En jouir :
Partout Il se tient là. Rarement reconnu
Il est dans la colère et dans la jalousie,
L'égoïsme, la haine, la pitié, le mépris ;
Qui, sous ces apparences, croit L'avoir déjà vu ?
Rien, dans la Nature, sans Lui ne pourrait être,
Ni foyer, ni lumière, ni enfant, ni maîtresse,
Pas même un seul sourire, pas même une caresse,
De tout cela Il est l'Artisan et le Maître.
A certains Il retire ce qu'à d'autres Il apporte
Semant, ici, bonheurs, souffrances à la fois !
Existerait-il donc, de cet Amour deux sortes,
Modifiant, à Sa guise, Sa nature, Sa loi ?
Non, Il n'est, cet Amour, qu'à un seul exemplaire
Et, toujours, Il sera ce qu'En faire nous voulons ;
Pourquoi ne pas choisir, à la haine, le pardon
Même si, quelquefois, cela doit nous déplaire.
Il est, de la Nature le suprême moteur,
Le dynamisme en tout, l'essence de la Vie ;
A chacun Il octroie une part de bonheur,
Qu'on le veuille ou non, tout est à Sa merci,
Du plus petit atome aux soleils gigantesques,
De la goutte de pluie aux plus grandes marées,
Eclatements divers, multiples arabesques
Sont Ses façons, à Lui, de Se manifester.

Il existe, pourtant, une façon de voir
Différemment les choses, ici-bas, en ce monde,
Permettant, à la fois et partout, à la ronde,
De n'être pas déçu, d'avoir, toujours, l'espoir
D'aimer et d'être aimé, d'être, toujours, compris
Et, aussi, de comprendre les choses de la vie,
C'est celle d'aller voir au plus profond de Soi
Afin d'y découvrir s'il y a Toi, s'il y a Moi,
Si nous formons deux êtres, aussi distincts qu'on pense,
Aussi différenciés, au niveau de l'Essence
Qu'on ne puisse, jamais, si fort que soit l'Amour,
Espérer être Un, et le rester toujours,
Car cet Amour est là, en chacun de nos coeurs,
Semblable en tout lieu, chantant à l'unisson,
Pour peu que nous laissions, sans aucune rancoeur,
De la Mère Nature vibrer le diapason.
Ecoutons-Le souvent, écoutons-Le toujours
Et, petit à petit, comme une mélodie
S'amplifiant, crescendo, de la gamme au cours,
Il jaillira en nous, telle une symphonie
Et quand vous ressentez pareil déferlement,
Dites-moi, je vous prie, si la musique vient
De la harpe, du cor, d'un même musicien
Si elle ne vient pas, plutôt du firmament.

Nous sommes les musiciens ! Nous sommes les instruments !
Dont certains sont à cordes et d'autres sont à vent !
Voilà ce qui semble être, voilà ce qu'on prétend
Mais moi je vous le dis : "Nous sommes la Musique".

R.L., Verrières-le-Buisson, juin 1980

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