D'où vient la violence ? Un monde qui vit dans sa bulle

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D'où vient la violence ? Un monde qui vit dans sa bulle (extrait court)

[...] Quand la violence devient si répandue partout dans la planète, il est trop facile de parler tout simplement "d'esprits dérangés". Nous avons besoin de nous demander, "qu'y a-t-il dans la façon dont nous vivons, organisons nos sociétés et nous traitons les uns les autres qui fait que la violence semble plausible à tant de personnes ?" [...]

Nous pouvons bien nous dire que la violence actuelle n'a "rien à faire" avec la façon dont nous avons appris à fermer nos oreilles quand on nous dit qu'une personne sur trois, sur cette planète, n'a pas assez à manger et qu'un milliard de personnes sont littéralement affamés. Nous pouvons nous rassurer que l'accaparement des ressources du monde entier par la société la plus riche de l'histoire du monde et nos tentatives frénétiques d'accélérer la mondialisation malgré les inégalités économiques qui l'accompagnent, n'ont aucun rapport avec le ressentiment que d'autres éprouvent à notre égard. Nous pouvons nous dire que la souffrance des réfugiés et des opprimés n'a rien à voir avec nous - que c'est une toute autre histoire qui se passe quelque part ailleurs.

Mais nous vivons dans un monde de plus en plus interconnecté avec chacun et les forces qui jettent les gens dans l'humiliation, la colère et le désespoir en fin de compte frappent nos propres vies quotidiennes.

La même incapacité à sentir la douleur des autres est la pathologie qui forme l'esprit de ces terroristes. Elevez des enfants dans des circonstances où personne ne s'occupe d'eux, où ils doivent vivre en mendiant ou en vendant leurs corps dans la prostitution, mettez-les dans des camps de réfugiés et dites-leur qu'ils n'ont "aucun droit de retour" dans leurs maisons, traitez-les comme s'ils avaient moins de valeur et méritaient moins de respect parce qu'ils font partie de quelque groupe national ou ethnique méprisé, entourez-les de médias qui vantent les riches et obligent tous ceux qui ne sont pas économiquement prospères, physiquement "en forme" et conventionnellement "beaux" à se sentir mal dans leur peau, offrez-leur des emplois dont le seul but est d'enrichir "le compte en banque" de quelqu'un d'autre et apprenez-leur que "chercher la première place" est la seule chose qui compte "vraiment" et que ceux qui croit à l'amour et à la justice sociale ne sont tout simplement que de naïfs idéalistes qui sont destinés à toujours rester impuissants et vous produirez, à l'échelle planétaire, une population de gens qui se sentent déprimés, irrités, incapables de se soucier des autres, et, de façons diverses, dérangés. [...]

Nous avons limité notre propre attention à "réussir" ou "gagner" dans nos propres vies personnelles et qui a le temps pour se concentrer sur tout le reste de cette  situation ? La plupart d'entre nous mènent des vies parfaitement raisonnables dans les limites des options qui nous sont ouvertes - pourquoi les autres devraient-ils être fâchés contre nous, pire, pourquoi nous attaqueraient-ils ? Et, à dire vrai, notre colère aussi est compréhensible : les actes de terreur par lesquels d'autres nous frappent sont aussi irrationnels que le système mondial qu'ils cherchent à affronter. Et pourtant, nos actes de contre-terreur seront tout aussi contre-productifs. Nous aurions dû apprendre de la phase actuelle de la lutte entre Israël et les Palestiniens, que répondre à la terreur par plus de violence, au lieu de nous demander nous-mêmes ce que nous pourrions faire pour changer les conditions qui l'ont produite en premier lieu, ne fera que susciter encore plus de violence contre nous dans l'avenir.

Heureusement, la plupart des gens ne s'abandonnent pas à  la violence - ils ont plutôt tendance à s'auto-détruire, se noyant dans l'alcool ou les drogues ou le désespoir personnel. D'autres se tournent vers des religions fondamentalistes ou l'extrémisme ultra-nationaliste. D'autres encore se mettent à agresser les gens qu'ils aiment, par un comportement coléreux et brutal envers leurs enfants ou leurs conjoints.

C'est un monde qui a perdu contact avec lui-même, rempli des gens qui ont oublié comment reconnaître et répondre au sacré les uns dans les autres parce que nous sommes si habitués à estimer les autres en fonction de ce qu'ils peuvent faire pour nous, et de la façon dont nous pouvons les utiliser à notre service. Les alternatives sont dramatiques : ou bien commencez à vous soucier du destin de chacun sur cette planète ou bien soyez prêts à glisser rapidement vers une violence qui finira par dominer nos vies quotidiennes. [...]

Rabbin Michael Lerner, TIKKUN Magazine, septembre 2001
Traduction de l'anglais par J.M. Gaudeul, http://www.le-sri.com/Textes.htm

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D'où vient la violence ? Un monde qui vit dans sa bulle (extrait long)

Il n'y a jamais de justification pour les actes de terreur contre des civils innocents - c'est l'acte essentiel de déshumanisation et de non-reconnaissance de la sainteté des autres, c'est le symbole visible d'un monde de plus en plus irrationnel et hors du contrôle.

On peut comprendre que beaucoup d'entre nous, après s'être affligés et avoir consolé les familles des défunts, sentiront monter la colère - et tandis que quelques démagogues au Congrès ont déjà cherché à manipuler ce sentiment dans le sens d'un militarisme grandissant (plus d'espions, légaliser l'assassinat de gouvernants étrangers, augmenter le budget de défense au détriment de programmes intérieurs), des leaders plus "responsables" cherchent à limiter la riposte de l'Amérique à des attaques ciblées sur des pays qui semblent héberger les terroristes.

Les criminels méritent d'être punis et je serais personnellement heureux si tous les gens impliqués dans cet acte devaient être emprisonnés pour le reste de leurs vies. Ne soyons pas naïfs : ceux sont des gens mauvais qui ont projeté cela et l'ont commis, de même que beaucoup parmi ceux qui sont engagés dans des actes de terreur contre Israël. Ils ne doivent pas être excusés ou pardonnés pour leurs actes. Quelle que soit la cause qu'ils prétendent soutenir, elle n'est que salie et discréditée par ces actes de violence répugnants.

Et pourtant d'une certaine façon, cette manière de nous focaliser étroitement sur les criminels nous permet d'éviter de traiter les questions sous-jacentes. Quand la violence devient si répandue partout dans la planète, il est trop facile de parler tout simplement "d'esprits dérangés." Nous avons besoin de nous demander, "qu'y a-t-il dans la façon dont nous vivons, organisons nos sociétés et nous traitons les uns les autres qui fait que la violence semble plausible à tant de personnes ?"

Dans le monde spirituel, nous verrons cela comme une incapacité globale grandissante à reconnaître l'esprit de Dieu les uns dans les autres - ce que nous appelons la sainteté de chaque être humain. Mais même si vous rejetez le langage religieux, vous pouvez voir que l'empressement des gens à se blesser les uns les autres pour promouvoir leurs propres intérêts est devenu un problème mondial et seul le niveau dramatique de cette attaque particulière le distingue de la violence et l'insensibilité des uns aux autres qui fait partie de nos vies quotidiennes.

Nous pouvons bien nous dire que la violence actuelle n'a "rien à faire" avec la façon dont nous avons appris à fermer nos oreilles quand on nous dit qu'une personne sur trois, sur cette planète, n'a pas assez à manger et qu'un milliard de personnes sont littéralement affamés. Nous pouvons nous rassurer que l'accaparement des ressources du monde entier par la société la plus riche de l'histoire du monde et nos tentatives frénétiques d'accélérer la mondialisation malgré les inégalités économiques qui l'accompagnent, n'ont aucun rapport avec le ressentiment que d'autres éprouvent à notre égard. Nous pouvons nous dire que la souffrance des réfugiés et des opprimés n'a rien à voir avec nous - que c'est une toute autre histoire qui se passe quelque part ailleurs.

Mais nous vivons dans un monde de plus en plus interconnecté avec chacun et les forces qui jettent les gens dans l'humiliation, la colère et le désespoir en fin de compte frappent nos propres vies quotidiennes.

La même incapacité à sentir la douleur des autres est la pathologie qui forme l'esprit de ces terroristes. Elevez des enfants dans des circonstances où personne ne s'occupe d'eux, où ils doivent vivre en mendiant ou en vendant leurs corps dans la prostitution, mettez-les dans des camps de réfugiés et dites- leur qu'ils n'ont "aucun droit de retour" dans leurs maisons, traitez-les comme s'ils avaient moins de valeur et méritaient moins de respect parce qu'ils font partie de quelque groupe national ou ethnique méprisé, entourez-les de médias qui vantent les riches et obligent tous ceux qui ne sont pas économiquement prospères, physiquement "en forme" et conventionnellement "beaux" à se sentir mal dans leur peau, offrez-leur des emplois dont le seul but est d'enrichir "le compte en banque" de quelqu'un d'autre et apprenez-leur que "chercher la première place" est la seule chose qui compte "vraiment" et que ceux qui croit à l'amour et à la justice sociale ne sont tout simplement que de naïfs idéalistes qui sont destinés à toujours rester impuissants et vous produirez, à l'échelle planétaire, une  population de gens qui se sentent déprimés, irrités, incapables de se soucier des autres, et, de façons diverses, dérangés.

Je vois cela en Israël, où les Israéliens ont pris l'habitude de rejeter le peuple palestinien tout entier comme "des terroristes", mais ne se demandent jamais : "Qu'avons-nous fait pour que ce (terrorisme) en arrive à sembler aux Palestiniens un plan d'action raisonnable aujourd'hui." Bien sûr il y a toujours eu quelques gens haineux et quelques fondamentalistes religieux qui désirent nuire à Israël, par principe. Et pourtant, dans la situation de 1993-96 quand Israël, sous l'autorité de Yitzhak Rabin, poursuivait un chemin de négociations et la paix, les fondamentalistes avait peu d'audience et il y avait peu d'actes de violence. Au contraire, quand Israël a tardé à se retirer de la Cisjordanie et, au contraire, a multiplié le nombre de ses colons, il est devenu plus facile aux fondamentalistes et aux semeurs de haine de convaincre beaucoup de Palestiniens modérés qu'il ne pouvait y avoir d'autre alternative.

De la même façon si les Etats-Unis reviennent sur les accords mondiaux concernant la préservation de l'environnement, annulent unilatéralement leurs traités de ne pas construire une défense anti-missile, accélèrent les processus par lesquels l'économie mondiale a rendu certaines personnes du Tiers-Monde plus riches, mais beaucoup d'autres plus pauvres, s'ils montrent qu'ils ne se soucient en rien du destin des réfugiés qui ont été sans foyer pendant des décennies et si, à tout bout de champ, ils s'affranchissent des normes morales, il devient beaucoup plus facile aux semeurs de haine et aux fondamentalistes de recruter les gens qui sont disposés à se tuer dans des attaques dirigées contre ce qu'ils perçoivent comme un mal, l'empire américain représenté par le Pentagone et le World Trade Center (Centre Mondial du Commerce).

La plupart des Américains seront perplexes devant toute évocation de ce "contexte plus large". Il est dérangeant d'imaginer que, d'une façon ou d'une autre, nous faisons partie d'un système mondial qui détruit lentement les ressources vitales de la planète et transfère rapidement la richesse du monde dans nos propres poches.

Nous ne nous estimons pas personnellement responsables quand une société américaine exploite des travailleurs dans les Philippines ou écrase l'effort des ouvriers pour s'organiser à Singapour. Nous ne nous sentons pas impliqués quand les Etats-Unis refusent de considérer la situation critique de réfugiés palestiniens ou s'abritent derrière la lutte contre la drogue pour soutenir la répression en Colombie ou d'autres parties de l'Amérique Centrale. Nous ne voyons même pas le symbolisme quand les terroristes attaquent le centre militaire de l'Amérique et notre centre commercial - nous en parlons comme des bâtiments, alors que d'autres les voient comme le cur des forces qui causent tant de souffrances dans le monde.

Nous avons limité notre propre attention à "réussir" ou "gagner" dans nos propres vies personnelles et qui a le temps pour se concentrer sur tout le reste de cette  situation ? La plupart d'entre nous mènent des vies parfaitement raisonnables dans les limites des options qui nous sont ouvertes - pourquoi les autres devraient-ils être fâchés contre nous, pire, pourquoi nous attaqueraient-ils ? Et, à dire vrai, notre colère aussi est compréhensible : les actes de terreur par lesquels d'autres nous frappent sont aussi irrationnels que le système mondial qu'ils cherchent à affronter. Et pourtant, nos actes de contre-terreur seront tout aussi contre-productifs. Nous aurions dû apprendre de la phase actuelle de la lutte entre Israël et les Palestiniens, que répondre à la terreur par plus de violence, au lieu de nous demander nous-mêmes ce que nous pourrions faire pour changer les conditions qui l'ont produite en premier lieu, ne fera que susciter encore plus de violence contre nous dans l'avenir.

Heureusement, la plupart des gens ne s'abandonnent pas à  la violence - ils ont plutôt tendance à s'auto-détruire, se noyant dans l'alcool ou les drogues ou le désespoir personnel. D'autres se tournent vers des religions fondamentalistes ou l'extrémisme ultra-nationaliste. D'autres encore se mettent à agresser les gens qu'ils aiment, par un comportement coléreux et brutal envers leurs enfants ou leurs conjoints.

C'est un monde qui a perdu contact avec lui-même, rempli des gens qui ont oublié comment reconnaître et répondre au sacré les uns dans les autres parce que nous sommes si habitués à estimer les autres en fonction de ce qu'ils peuvent faire pour nous, et de la façon dont nous pouvons les utiliser à notre service. Les alternatives sont dramatiques : ou bien commencez à vous soucier du destin de chacun sur cette planète ou bien soyez prêts à glisser rapidement vers une violence qui finira par dominer nos vies quotidiennes.

Ne soyons pas naïfs au sujet des responsables de cette terreur. Beaucoup sont des gens mauvais, comme le sont certains des fondamentalistes et des ultra-nationalistes qui avilissent les autres et désirent les détruire. Mais ces gens mauvais sont souvent marginalisés quand la dynamique sociale se déplace vers la paix et l'espoir (par exemple en Israël alors qu'Yitzhak Rabin était Premier ministre) ; mais ils deviennent beaucoup plus influents et capables de recruter les gens prêts à donner leurs vies à leur cause quand les gens ordinaires et généralement modérés désespèrent de la paix et de la justice (comme pendant la période de 1996 à 2000 quand Israël a dramatiquement augmenté le nombre de colons).

Rabbin Michael Lerner, TIKKUN Magazine, septembre 2001
Traduction de l'anglais par J.M. Gaudeul, http://www.le-sri.com/Textes.htm

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