La fin de l'histoire, fin de la vie immorale

Il ne s'agit pas d'imposer aux individus, aux nations, aux générations, telle morale positive et de leur procurer un bonheur qui pourrait bien ne pas être à leur goût, de répéter la tentative de trop de tyrans et de trop de parents tyranniques de « faire le bonheur » de leurs peuples et de leurs enfants.

On ne fait pas le bonheur, on peut tout au plus - et c'est beaucoup et si difficile que, jusqu'ici, on n'y a réussi que dans des limites très étroites - faire disparaître les causes et raisons du malheur, de l'injustice, de l'oppression, du besoin matériel, du manque de cette culture sans laquelle personne ne peut seulement concevoir le bonheur, un état de contentement de soi-même et du monde, où l'on ne courra plus après des distractions qui ne réussissent jamais à la longue à faire oublier l'insatisfaction profonde.

Ce que vise la morale, pour paradoxale que paraisse une telle formule, c'est de me libérer à la liberté, à la responsabilité, à la possibilité de mon bonheur, possibilité qui coexiste avec celle de tout autre. En dernière analyse, c'est la possibilité de trouver un sens à la vie, non arbitrairement, mais dans les limites de la raison.

Eric Weil, Philosophie et réalité

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