Les maladies en horreur

[Comme] les choses nous paraissent souvent plus grandes de loin que de près, j'ai trouvé que sain j'avais eu les maladies beaucoup plus en horreur, que lorsque je les ai senties ; l'allégresse où je suis, le plaisir et la force me font paraître l'autre état si disproportionné à celui-là, que par imagination je grossis ces incommodités de moitié, et les conçois plus pesantes que je ne les trouve, quand je les ai sur les épaules. J'espère qu'il ne m'en adviendra ainsi de la mort...

Or j'ai pensé souvent d'où venait cela [...]. Je crois à la vérité que ce sont ces mines et appareils effroyables, de quoi nous l'entourons, qui nous font plus de peur qu'elle : une toute nouvelle forme de vivre ; les cris des mères, des femmes et des enfants ; la visitation de personnes étonnées et transies ; l'assistance d'un nombre de valets pâles et éplorés ; une chambre sans jour, des cierges allumés, notre chevet assiégé de médecins et de prêcheurs ; en somme, tout horreur et tout effroi autour de nous : nous voilà déjà ensevelis et enterrés.

Les enfants ont peur de leurs amis même quand ils les voient masqués ; aussi avons-nous. Il faut ôter le masque aussi bien des choses que des personnes.

Michel de Montaigne, Essais

Bonheur pour tous Bonheur pour tous Beaux textes Beaux textes Imprimer Imprimer Envoyer Envoyer cette page à :